Une classe de maître pour contrer l’appropriation culturelle à KWE!
Des dizaines de festivaliers se sont rassemblés, samedi, au Festival KWE!, dans l’espoir de répondre à une seule et même question: comment apprécier les cultures autochtones sans se les approprier?
L’authenticité, l’appropriation et l’appréciation culturelle étaient au cœur des conversations, samedi, à la place Jean-Béliveau.
«Pour les Autochtones, les éléments culturels ne sont pas une mode, c’est une identité, une résistance, une mémoire que l’on porte», établit d’emblée Catherine Boivin, sous un shaputuan plein à craquer. Visiblement, le sujet de sa conférence Appropriation ou appréciation? Tracer la ligne intéresse la foule présente au Festival KWE!.
Elle-même impliquée dans des procédures judiciaires à la suite de la dénonciation publique d’une artisane s’autoproclamant métisse, Catherine Boivin souhaite, en précisant la distinction entre l’appréciation et l’appropriation culturelle, contribuer à mettre un terme à de telles situations.
«Ça perpétue le colonialisme que de s’approprier les cultures autochtones en croyant bien faire alors qu’on pense que les Autochtones ne sont pas dignes de gérer leurs cultures eux-mêmes», souligne l’artiste et militante atikamekw, devant un public attentif.
En plus de relayer les voix autochtones à l’arrière-plan, les individus qui tirent profit illégitimement des savoir-faire autochtones contribuent à banaliser les éléments sacrés et identitaires et à renforcer la méconnaissance et les stéréotypes.
Toutefois, même pour la conférencière, la ligne entre l’appropriation et l’appréciation culturelle reste parfois floue et circonstancielle.
Elle indique que, contrairement «aux rapports de pouvoir et de privilège» dans lesquels s’ancre l’appropriation culturelle, les démarches d’appréciation culturelle s’inscrivent plutôt «dans l’éthique, le respect et la responsabilité».
«C’est l’acte de prendre l’élément culturel sans la permission, sans compréhension, sans reconnaissance et souvent à des fins commerciales ou personnelles», résume Catherine Boivin.
Se poser la question
En entrevue avec Le Soleil, Catherine Boivin dit observer une amélioration de la compréhension des concepts entourant l’appropriation culturelle au cours des dernières années. «Le simple fait que des gens se posent la question, c’est une avancée», croit-elle.
Après l’événement, plusieurs participants interpellent d’ailleurs la conférencière pour tenter de confirmer la légitimité de leurs propres pratiques.
«Des fois, les gens vont s’approprier la culture parce qu’ils se prétendent autochtones», souligne l’artiste atikamekw, en rappelant l’ampleur du phénomène des «fauxtochtones».
Dans de pareilles situations, Catherine Boivin estime que la dénonciation s’impose comme levier de revendication pour les Autochtones.
«On tient beaucoup à nos cultures. C’est pour ça que c’est important pour nous de les diffuser de façon authentique.»
Juger de l’authenticité
Alors, comment un consommateur peut-il s’outiller pour être en mesure de départager le vrai du faux?
Dave Sergerie, coordonnateur des projets stratégiques à la Commission de développement économique des Premières Nations Québec-Labrador (CDEPNQL), travaille à rendre la distinction plus évidente, grâce à l’identification Premières Nations (ID1N).
«On n’a pas de nombre exact, mais des recherches ont été faites dans l’Ouest du pays et nous permettent d’affirmer, sous toutes réserves, que ce sont plusieurs centaines de millions de dollars par année qui sont perdus à cause de l’appropriation culturelle», se désole M. Sergerie, lors de sa présentation.
«Comment est-ce que l’on juge de l’authenticité de quelque chose?», questionne-t-il.
«Chaque cas est unique. Il faut vraiment creuser pour être certains qu’on a affaire à une entreprise admissible», explique M. Sergerie.
Au Festival KWE!, comme dans tous les autres contextes, les consommateurs peuvent donc garder l’œil ouvert et se fier à la présence du symbole de l’ours pour s’assurer de la légitimité de leurs achats.
«La magie s’opère quand il y a un grand nombre d’entreprises et d’entrepreneurs qui sont inscrits et que le grand public a été sensibilisé à la chose», conclut-il.
Le Festival KWE! se poursuit dimanche, le 15 juin, de 10 h à 17 h. Des conférences, des prestations de danses de pow wow et des ateliers d’artisanat seront offerts tout au long de la journée. Il demeure également possible de découvrir les installations, comme le parcours des savoirs des 11 Nations et l’espace de cuisson traditionnelle.
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Une classe de maître pour contrer l’appropriation culturelle à KWE!
Des dizaines de festivaliers se sont rassemblés, samedi, au Festival KWE!, dans l’espoir de répondre à une seule et même question: comment apprécier les cultures autochtones sans se les approprier?
L’authenticité, l’appropriation et l’appréciation culturelle étaient au cœur des conversations, samedi, à la place Jean-Béliveau.
«Pour les Autochtones, les éléments culturels ne sont pas une mode, c’est une identité, une résistance, une mémoire que l’on porte», établit d’emblée Catherine Boivin, sous un shaputuan plein à craquer. Visiblement, le sujet de sa conférence Appropriation ou appréciation? Tracer la ligne intéresse la foule présente au Festival KWE!.
Elle-même impliquée dans des procédures judiciaires à la suite de la dénonciation publique d’une artisane s’autoproclamant métisse, Catherine Boivin souhaite, en précisant la distinction entre l’appréciation et l’appropriation culturelle, contribuer à mettre un terme à de telles situations.
«Ça perpétue le colonialisme que de s’approprier les cultures autochtones en croyant bien faire alors qu’on pense que les Autochtones ne sont pas dignes de gérer leurs cultures eux-mêmes», souligne l’artiste et militante atikamekw, devant un public attentif.
En plus de relayer les voix autochtones à l’arrière-plan, les individus qui tirent profit illégitimement des savoir-faire autochtones contribuent à banaliser les éléments sacrés et identitaires et à renforcer la méconnaissance et les stéréotypes.
Toutefois, même pour la conférencière, la ligne entre l’appropriation et l’appréciation culturelle reste parfois floue et circonstancielle.
Elle indique que, contrairement «aux rapports de pouvoir et de privilège» dans lesquels s’ancre l’appropriation culturelle, les démarches d’appréciation culturelle s’inscrivent plutôt «dans l’éthique, le respect et la responsabilité».
«C’est l’acte de prendre l’élément culturel sans la permission, sans compréhension, sans reconnaissance et souvent à des fins commerciales ou personnelles», résume Catherine Boivin.
Se poser la question
En entrevue avec Le Soleil, Catherine Boivin dit observer une amélioration de la compréhension des concepts entourant l’appropriation culturelle au cours des dernières années. «Le simple fait que des gens se posent la question, c’est une avancée», croit-elle.
Après l’événement, plusieurs participants interpellent d’ailleurs la conférencière pour tenter de confirmer la légitimité de leurs propres pratiques.
«Des fois, les gens vont s’approprier la culture parce qu’ils se prétendent autochtones», souligne l’artiste atikamekw, en rappelant l’ampleur du phénomène des «fauxtochtones».
Dans de pareilles situations, Catherine Boivin estime que la dénonciation s’impose comme levier de revendication pour les Autochtones.
«On tient beaucoup à nos cultures. C’est pour ça que c’est important pour nous de les diffuser de façon authentique.»
Juger de l’authenticité
Alors, comment un consommateur peut-il s’outiller pour être en mesure de départager le vrai du faux?
Dave Sergerie, coordonnateur des projets stratégiques à la Commission de développement économique des Premières Nations Québec-Labrador (CDEPNQL), travaille à rendre la distinction plus évidente, grâce à l’identification Premières Nations (ID1N).
«On n’a pas de nombre exact, mais des recherches ont été faites dans l’Ouest du pays et nous permettent d’affirmer, sous toutes réserves, que ce sont plusieurs centaines de millions de dollars par année qui sont perdus à cause de l’appropriation culturelle», se désole M. Sergerie, lors de sa présentation.
«Comment est-ce que l’on juge de l’authenticité de quelque chose?», questionne-t-il.
«Chaque cas est unique. Il faut vraiment creuser pour être certains qu’on a affaire à une entreprise admissible», explique M. Sergerie.
Au Festival KWE!, comme dans tous les autres contextes, les consommateurs peuvent donc garder l’œil ouvert et se fier à la présence du symbole de l’ours pour s’assurer de la légitimité de leurs achats.
«La magie s’opère quand il y a un grand nombre d’entreprises et d’entrepreneurs qui sont inscrits et que le grand public a été sensibilisé à la chose», conclut-il.
Le Festival KWE! se poursuit dimanche, le 15 juin, de 10 h à 17 h. Des conférences, des prestations de danses de pow wow et des ateliers d’artisanat seront offerts tout au long de la journée. Il demeure également possible de découvrir les installations, comme le parcours des savoirs des 11 Nations et l’espace de cuisson traditionnelle.
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